Le mental dans la liberté
La race d’un cheval m’importe peu. Je le choisis selon son regard et son mental, et surtout si je sens qu’il y a un courant qui passe. C’est comme avec les personnes, nous nous dirigeons plus facilement vers celles qui ont un caractère compatible avec le nôtre pour qu’il y ait un partage. On valorise dans beaucoup d’élevages l’uniformité physique ou esthétique, adaptée à diverses disciplines, souvent au détriment du caractère. Beaucoup d’éleveurs préfèreront garder un beau reproducteur plutôt qu’un moche intelligent. De plus deux frères avec les mêmes origines n’auront pas la même personnalité et ne formeront pas le même couple cavalier-cheval. Pour ma part tous mes chevaux sont de race différente. J’ai un Barbe, un trotteur, un Criollo, puis les autres sont des « Origines Inconnues ». Ils ne sont pas spécialement jolis au boxe mais très beaux lorsqu’ils rentrent en scène.
La beauté ne fait pas l’artiste, c’est ce qu’il fait qui le rend beau.
Ce résultat est la communion de deux partenaires. De même, lorsque je choisis un cheval, je le préfère à l’âge de quatre ou cinq ans, car son caractère est déjà bien défini. Nous donnons une éducation mais nous ne pouvons pas changer un caractère, pour cela mieux vaut faire le bon choix au départ.
Dans mon équitation en liberté, le travail du mental du cheval est plus important que celui du corps.
Lorsqu’un cheval à un bon état d’esprit, il a une réceptivité maximum et ses capacités physiques suivent de même. Trop souvent, nous nous accordons à travailler le côté athlétique du cheval et nous oublions de développer son intelligence. Les conséquences sont que nous nous retrouvons avec un cheval difficile à contrôler par manque d’écoute, de respect et surtout de compréhension. Une bonne éducation du mental permet d’avoir un cheval franc et à l’écoute de son cavalier, indispensable dans le travail en liberté.
Equitalyon 2006, spectacle du soir, numéro de l'Indien avec YeloUne première pour Yelo, sous les yeux des milliers de spectateurs de la grande carrière de prestige d'Equita'Lyon. Cheval Attitude
Tout cavalier devrait avoir pour réflexe de travailler l’intelligence de son cheval au quotidien, que ce soit dans le boxe, pendant les soins, en manège ou à l’extérieur.
Ce travail ne consiste pas à abrutir ou à créer des automatismes chez le cheval mais plutôt à créer une réflexion, et des réactions volontaires, différentes selon chaque situation. Le problème d’un cheval conditionné est qu’il a une réaction imprévue à la rencontre d’une nouvelle situation, d’où la nécessité de lui apprendre à réfléchir. Pour mener un cheval sans bride, il faut d’abord le mettre en confiance avec différentes situations jusqu’à ce qu’il soit vraiment à l’écoute. Lorsque je fais un numéro à cru et sans bride, mon cheval doit être capable de faire face à tout évènement qui peut se produire dans le public. Par contre, il faut savoir que chaque cheval garde sa susceptibilité et souvent sa mauvaise volonté. Il nous teste et nous pousse souvent à la colère. Il faut savoir reprendre calmement l’erreur qu’il peut développer mais sans jamais céder. En liberté, seule la persévérance permet de gagner un conflit. Le cheval qui travaille sans harnachement est un animal à qui on laisse révéler sa personnalité. Il ne doit pas faire un travail de conditionnement, ou abrutissant.
Si nous lui retirons sa personnalité, il n’a plus d’expression, et sans elle la liberté n’a plus d’intérêt.
C’est au cavalier de le laisser s’exprimer pour mieux le contrôler. Bien connaître son cheval c’est savoir ses joies, ses humeurs et ses faiblesses. Avant tout travail en liberté avec son compagnon, le cheval doit être prêt à cette éducation. Personne ne sait s’il va être prêt à cette nouvelle équitation, excepté son propre cavalier qui peut le sentir. Pour arriver à conduire son cheval sans harnachement, il faut qu’il y ait une symbiose parfaite entre lui et son cavalier. C’est un couple qui doit
parfaitement s’entendre et déjà bien fonctionner dans son équitation habituelle avant de passer à l’étape suivante. Tout découle de la sensibilité et du mental du cheval choisi au départ. Il doit avoir une confiance illimitée en son partenaire et qu’elle soit réciproque car il ne faut pas oublier que par nature le cheval est craintif et que sa principale défense est la fuite…
Jean-Marc Imbert
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