Des chevaux écolos au secours de la biodiversité

Cheval Camargue - Photo Pascal Verrier

En France, il est encore possible de découvrir différentes races de chevaux ou poneys aux caractères primitifs, qui vivent dans des conditions proches de celles de leurs ancêtres sauvages… Des poneys slaves comme le Konik polski ou le Przewalski, aux races rustiques françaises comme le Pottok ou le cheval de Camargue, voici des herbivores venus de la nuit des temps pour préserver notre patrimoine naturel.

Ecopastoralisme, le naturel revient au galop !

Saviez-vous que notre pays abrite un des patrimoines naturels les plus riches d’Europe ? Depuis les années 70, la protection des espaces naturels est ainsi au cœur des préoccupations environnementales. Les milieux herbacés, en particulier, présentent un intérêt paysager et une grande richesse écologique.

Le paturage naturel fait des heureux et rend service au paysage. - Photo Pascal VerrierLe paturage naturel fait des heureux et rend service au paysage.Photo Pascal VerrierEn Europe, tous les grands herbivores se sont éteints, il y a environ 100 000 ans. C’est l’homme, grâce à l’agriculture, qui a donc maintenu les milieux ouverts pendant des millénaires. Mais de nos jours, pelouses calcicoles, landes, milieux humides et côtiers, pelouses dunaires… constituent des milieux contraignants pour l’agriculture moderne ! Sous la pression du modèle intensif favorisé par les politiques agricoles, ces terres difficiles à exploiter sont souvent laissées à l’abandon. Elles s’enfrichent et s’embroussaillent, entraînant une transformation des paysages ruraux traditionnels et une érosion de la biodiversité. Ces dernières années, le regard porté sur ces milieux a évolué. On a pris conscience de leur intérêt biologique. Mais comment gérer ces milieux ouverts, réservoirs de la biodiversité ? Comment les entretenir ? Différentes possibilités, plus ou moins adaptées aux sites, s’offrent aux gestionnaires : pâturage, fauche, brûlis, désherbage chimique, débroussaillement mécanique… Aucune d’elles n’est parfaitement satisfaisante, cependant certaines tendent à se développer. Ainsi, depuis une vingtaine d’années, apparaissent des expériences originales et séduisantes de restauration et d’entretien des espaces naturels par des animaux domestiques. Ces pratiques pastorales sont depuis quelques années un instrument-clé dans la gestion des milieux naturels et souvent préférées aux opérations mécaniques. Des « méthodes douces » qui n’en restent pas moins délicates à mettre en place !

Les « brouteurs archaïques » apparaissent comme les emblèmes des nouveaux rapports, à la fois symboliques et concrets, que les écologues praticiens entretiennent avec l’animal, la nature, et le territoire. On peut tenter de les résumer en quelques mots : « une fabrication du sauvage » et une restauration des systèmes naturels disparus. Ces pratiques consistent à détourner les animaux domestiques de leurs conditions coutumières et à leur restituer la place qui leur revient en tant qu’espèces animales appartenant à l’écosystème. Dans le cas des équidés, certaines régions, comme l’estuaire de la Loire, permettent d’élever des chevaux de sport dans l’espoir de vendre les poulains en parallèle de l’activité de conservation du milieu. Cette stratégie commerciale ne fait pas appel à des races anciennes auxquelles nous nous attacherons. Dans notre dossier, qui n’a pas pour objectif le recensement exhaustif de tous les chevaux débroussailleurs en France, nous avons suivi la piste des petits chevaux primitifs. Il s’agit avec eux de promouvoir un cheval naturel, voire « dédomestiqué » - concept inventé par les hollandais -, très proche de son ancêtre sauvage et pouvant jouer pleinement le rôle de « grand herbivore » au service des milieux naturels. Nous espérons qu’il vous éclairera sur les pratiques en cours, leur efficacité et leurs impacts en termes de gestion et de conservation de la biodiversité.

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