Perspectives
Si le rôle écologique des herbivores paraît évident pour la gestion des milieux, le pâturage présente aussi des limites. L’entretien n’est pas toujours total, certaines espèces envahissantes, comme la fougère aigle ou l’ajonc, sont délaissées par les animaux. Parfois l’entretien se fait aux dépens de certaines espèces protégées ou rares qui supportent mal le pâturage. D’autre part, des sites occupés par une plante dominante et pauvres en espèces ne sont pas toujours sans intérêt et existent dans le milieu naturel. La recherche de la diversité biologique maximale ne doit donc pas se faire aux dépens des espèces rares et spécialisées. Pour favoriser la biodiversité, il faut respecter un calendrier pastoral et une charge maximale de pâturage : dans le marais de Lavours, les chevaux ne consomment le marisque qu’à l’automne, et au marais de Pagny-sur-Meuse le pâturage est permanent. Les éleveurs de chevaux se satisfont des contraintes fixées par le cahier des charges. Un bémol toutefois : l’ouverture de la chasse impose sur certains sites de rentrer les chevaux à partir du 15 septembre. C’est dommage, car ils assureraient un vrai débroussaillage : au printemps et en été, l’appétence de l’herbe est si forte que les bêtes se désintéressent des broussailles ! Pour une plus grande efficacité, il peut être conseillé de combiner à la fois les effets de la fauche et du pâturage en mettant en œuvre une gestion alternée du milieu, par exemple un cycle de gestion sur trois ans avec une première année de fauche suivie d’une année de pâturage, puis d’une année de repos de la végétation.
Enfin, l’utilisation de plusieurs espèces animales permet une meilleure exploitation des ressources du milieu, car chacune ne consomme pas la végétation de la même façon. Par exemple, si la pâture comprend aussi des bovins, ceux-ci se chargeront de consommer les plantes que dédaignent les équidés. Cette complémentarité bien qu’intéressante complique la gestion. Elle est utilisée dans de nombreux sites : dans l’Eure (Mannevilles) ou dans l’Ain (marais de Lavours, jusqu'en 2003) avec des troupeaux de bovins écossais et de chevaux camarguais ; dans la Loire (Jasseries de Colleigne) avec des troupeaux de bovins bretons, de moutons corses et de chevaux mérens ; dans le parc naturel de la Brenne qui accueille des vaches Casta, des chevaux camarguais, des poneys Highlands, landais ; dans certains espaces naturels du conservatoire de Haute-Normandie où pâturent à la fois des moutons, des vaches, des chevaux camarguais, des Koniks et des chèvres… Les troupeaux de chevaux étant plus faciles à manier que les bovins
Malgré ces mises en garde et sous couvert d’un « suivi scientifique » de qualité, on ne peut que se réjouir de la multiplication de ces expériences et du succès de certaines d’entre elles. L’écopastoralisme utilisant des chevaux semble donc une voie prometteuse pour préserver et restaurer la faune, la flore ainsi que les habitats remarquables d’un site.
Dossier Cécile Bruderer
RéférencesPATRICK DUNCAN, Directeur de recherches au centre d’études de Chizé - CNRS, biologiste spécialiste de l’étude des mammifères, a mené durant près de 20 ans un programme de recherche sur l’alimentation et l’éco-éthologie du cheval de race Camargue à la station biologique de la Tour du Valat. Cette étude a fait l’objet de plusieurs publications : Horses and grasses chez Springer - Verlag, l’élevage extensif de chevaux pour la gestion d’espaces naturels Cereop Tour du Valat CNRS.CLAUDIA FEH a consacré sa vie à étudier des populations de chevaux semi-sauvage, elle est responsable de l’association Takh.MICHEL LAFORÊT, à l’origine de la réserve et de l’AFPTO, crée en mars 2000 « la maison du Pottok », dont le but est d’étudier, sélectionner, conserver, protéger, promouvoir et réintroduire dans son milieu naturel, un type ancien de poney primitif à la robe brune ou noire, observé majoritairement autrefois sur les landes et montagnes sauvages du Pays Basque et menacé de disparition.THIERRY LECOMTE, ingénieur en chef du Parc Naturel Régional des Boucles de la Seine, et Christine Le Neveu, chargée de mission pour la protection de la nature à la DIREN, ont publié en 1986 une thèse Le marais Vernier : contribution à l’étude et à la gestion d’une zone humide, Rouen.MARC MICHELOT est responsable de l’association Bugerbivore, installée dans le Bugey (Ain). Au delà de sa vocation environnementale, le projet Tarpan vise à reprendre les travaux de Vetulani, scientifique polonais, afin de retrouver le type primitif le plus représentatif du Tarpan.CATHERINE PROFFIT, en 1999, a publié dans les dossiers de l’environnement de l’INRA une étude sur « la gestion des espaces naturels sensibles, fonctionnement et perspectives ».
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